FÉDÉRATION INTERNATIONALE DE GYMNASTIQUE
La lettre du Président
No 50
Par le Prof. Bruno Grandi, Président de la FIG juin 2011
Dura lex. Sed lex!
Le 17 mars dernier, j'adressais un courrier au Président de l'ASOIF, Me Denis Oswald, par lequel
je souscrivais pleinement aux griefs qu'il s'était fait un devoir d'adresser à l`Agence Mondiale
Antidopage. Il y était question en autres sujets, des méthodes de fonctionnement et d'investigation
de l'Agence.
Je me suis élevé contre le peu d'égard manifesté à l'endroit des jeunes athlètes. Je suis en effet
particulièrement sensible à la notion d'âge et aux traitements uniques appliqués aux athlètes.
L'âge, indicateur de l'état de maturité physique, psychologique, est un facteur auquel il y a lieu de
prêter toute notre attention. Les gymnastes sont jeunes, majoritairement de petite taille. C'est ainsi
sur la planète gymnastique. Ils ne sont pas les géants du basketball et n'ont pas encore la maturité
d'athlètes de la trentaine.
Se doper, prendre un produit interdit. A propos, qui décide? L'athlète lui-même ? Son entourage ?
A-t-on à 16 ans la même conscience du dopage qu'à 30 ans? Certainement pas. S'il est facile de
convaincre un jeune athlète, voire d'abuser de son ingénuité, à 30 ans, on n'accepte pas n'importe
quel discours, on prend des décisions en pleine conscience et on ne nous fait passer des vessies
pour des lanternes.
Mais pour l'AMA, les effets proviennent de la même cause. Jeune ou adulte, le tarif est identique.
Que justice soit faite. Dura lex sed lex, la loi est dure, mais c'est la loi!
Pour moi, cette rectitude est une injustice criante. Quelle que soit la faute commise en termes de
dopage, nos jeunes gymnastes ont le droit à un certain égard, dû précisément à leur jeunesse.
Trop de fois, j'ai lu dans leurs regards la peur, l'incompréhension, l'impuissance devant un
châtiment aveugle, impitoyable. Plus grave encore sont les séquelles d'une punition exagérée ! Le
remède est alors pire que la maladie ! Et au bout du compte, des carrières brisées et l'étiquette de
tricheur qui colle à la peau toute une vie.
J'ai toujours adopté une position intransigeante à l'endroit du dopage. Contre les vrais coupables.
Mais à 16 ans, on n'a pas la connaissance et la maturité pour bien réaliser ce qu'est le dopage.
Respecter cette jeunesse ne signifie pas laxisme. Depuis mes premiers pas dans les salles de
gymnastique, il y a tout de même quelques années de cela, je me suis efforcé de m'élever d'une
part contre les tricheurs et contre l'injustice d'autre part. Si je souscris à l'idéal de l'Agence,
«Génération Franc Jeu», «Dis NON au dopage», j'en déplore parfois les méthodes martiales
d'investigation.
Punir certes, mais avec discernement, intelligence.
S'agissant de dopage en gymnastique, on ne peut que constater que le phénomène existe dans
des proportions que l'on peut qualifier de faibles. Mais les tentations sont bien là et j'invite tous les
acteurs à ne pas franchir le Rubicon du dopage. Tricher c'est afficher son ignorance. Jouer vrai,
c'est accepter les règles.
Le résultat, quel qu'il soit, en aura encore plus de saveurs.
Avec mes compliments.
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